Le
shonai sashiko est sans doute la forme de broderie
traditionnelle japonaise sashiko la plus célèbre à l'étranger et la
plus pratiquée au Japon, de part sa simplicité. Comme son nom
l'indique, elle est originaire de la région de Shonai, dans le
nord-est du Japon (préfecture de Yamagata).
Contrairement au koginsashi et au hishizashi, il semble que le shonai sashiko ait été réalisé dès l'origine sur du coton. En effet, alors le petit peuple de Tsugaru (région d'origine du kogisashi) et celui de Nanbu (région d'origine du hishiwashi) n'avait accès qu'au chanvre pour réaliser ses vêtements. En revanche, la région de Shonai recevait par bateau des cargaisons de vêtements de coton usagés venus de la région du kansai, que les femmes reprisaient et brodaient. C'est ainsi qu'est né le shonai sashiko.
Les
étoffes de coton étant moins grossières que celles de chanvre, les
motifs du shinai sashiko ont donc tendance à être moins
denses, plus aérés que ceux du koginsashi et du
hishizashi.
Les nombreux motifs qui ont été créés pour le shonai sashiko sont si populaires qu'on les retrouve imprimés sur du tissu et toutes sortes d'objets plus ou moins traditionnels, à commencer par la céramique.
Un livre sur l'histoire de la broderie sashiko en général : voir l'article sur le sashiko.
Un livre pour apprendre le shonai sashiko : 刺し子こもの―はじめての手づくり (Petits objets en sashiko), Gakkyuu Publishing, 2010, ISBN-13: 978-4054045545.
Quelques motifs de shonai sashiko...
N'hésitez pas à consulter la
liste des motifs de shonai sashiko les plus courants,
que j'ai compilée avec visuel et traduction indicative en français.
Il s'agit bien de motifs et non de points, puisque le seul point
utilisé est le point avant. Chaque point fait traditionnellement la
longueur d'un grain de riz (rond), et chaque ligne est brodée deux
fois afin de donner plus de relief aux
points.
La variante de broderie traditionnelle japonaise
sashiko dite hishizashi
菱刺 est originaire de la région du Nanbu, dans la
préfecture d'Aomori, au nord-est de l'île de Honshu (l'île
principale de l'archipel japonais). Elle serait apparue il y a
environ 200 ans.
Comme les autres variantes de sashiko, elle servait à l'origine à renforcer les grossiers vêtements de travail en chanvre (les paysans n'ayant à l'époque pas le droit de porter de coton) et à les rendre plus chauds.
Alors que les vêtements des travailleurs de la région de Tsugaru, où s'est développé le koginsashi, étaient le plus souvent d'un bel indigo, ceux des paysans du Nanbu étaient d'un bleu moins soutenu. Certains disent que le choix d'une couleur moins soutenue aurait été délibéré, afin de mieux mettre en valeur les broderies. Pour d'autres, plus pragmatiques, les paysans du Nanbu, où la riziculture était moins développée, ne pouvaient tout simplement pas se permettre les meilleures teintures.
Quoi qu'il en soit, ces étoffes d'un bleu plus
clair étaient brodées de fil blanc et de fil noir, là où les autres
types de sashiko, réalisées sur des tissus très
foncés, s'en tenaient au fil blanc. L'arrivée de fils colorés grâce
au développement du chemin de fer à la fin du XIXème siècle a fait
naître de nouvelles possibilités. De nos jours, la broderie
hishizashi a tendance à être très colorée.
Là où elle se démarque, c'est au niveau des motifs. En effet, s'il existe près de 400 motifs différents de hishisashi, tous s'inscrivent dans des losanges qui s'assemblent parfois pour former d'autres motifs encore plus complexes.
Contrairement au koginsashi, les points sont comptés pour assurer la régularité des motifs.
Quelques motifs...
鱗 Uroko, les écailles de poisson
梅の花 Ume no hana, fleurs
de prunier
馬のマグ Uma no magu, oeil
de cheval
きじの足 Kiji no ashi,
patte de faisan
Pour
en savoir plus sur les techniques et sur l'histoire de la broderie
hishizashi...
菱刺しの技法―伝統の模様から現代作品まで (Les techniques de la broderie hishisashi, des motifs traditionnels aux créations contemporaines), chez Bijutu Shuppansha, 1992, ISBN-13: 978-4568321531).
Aujourd'hui, j'aimerais présenter le koginsashi (こぎん刺し), technique de broderie traditionnelle typique de la région de Tsugaru, à l'ouest de la préfecture d’Aomori. Il s'agit de l'un des trois principaux courants de la broderie sashiko, les deux autres étant le hishizashi (菱刺) et le shonaisashiko (庄内刺し子).
Étymologie... Le terme koginsashi vient de kogin, mot qui désigne ou désignait localement les vêtements portés pour travailler aux champs.
Caractéristiques... Le koginsashi est traditionnellement réalisé au fil blanc sur un tissu de chanvre indigo. Contrairement au hishizashi, les points ne sont pas comptés.
Origines...Les raisons pour laquelle le koginsashi est réalisé sur du chanvre sont géographiques et historiques. D’une part, le climat de la préfecture d’Aomori, très froid, ne se prête pas à la culture du coton, qui y était donc rare. D’autre part, une loi du début XIIIe siècle interdit l’usage du coton pour la réalisation des vêtements des paysans, qui n’ont d’autre choix que d’utiliser le chanvre. Mais le tissage du chanvre est plus grossier et n’offre pas une protection suffisante contre le froid. Afin de garder l’air chaud entre les vêtements et le corps, les femmes surbrodaient donc l'étoffe avec du fil de chanvre pour combler les trous du tissage et rendre l'ensemble plus chaud et plus résistant. Après l’arrivée du train au début du XXe siècle, le fil de chanvre est remplacé par le fil de coton.
Motifs... Parmi les motifs les plus fréquents, on trouve le papillon (14), les fleurs (3) et leurs dérivés, les écailles (10, 17), pattes (12) et yeux de chat (13) stylisés.
Un livre d'art pour en savoir plus… 津軽こぎんと刺し子―はたらき着は美しい (Kogin et sashiko de Tsuruga : la beauté des vêtements de travail), éd. INAX, 1998, ISBN-13: 978-4872758054.
Des ressources pour apprendre...
こぎん刺し図案集165パターン―伝統のこぎん刺し (Koginsashi traditionnel, 165 motifs), éds. マコー, 2009, 90 pages, ISBN-13: 978-4837703099 (image de gauche).
Moins traditionnel, はじめてのこぎん刺し (Koginsashi pour débutantes), éds. Nihon Vogue, 2011, 92 pages, ISBN-13: 978-4529049139 (image du milieu).
暮らしに生きる刺し子 (Broderie sashiko dans la vie de tous les jours), éds. Bunka, 2005, 83 pages, ISBN-13: 978-4579110773 (image de droite).
La broderie sashiko
(刺し子) est pour moi l’une des plus
emblématiques des techniques traditionnelles japonaises.
Là où la broderie française et la broderie japonaise classique appelée nihonshishu (日本刺繍) sont purement ornementales et étaient à l'origine réservées aux classes les plus aisées, la broderie sashiko est une technique populaire dont la vocation première est très pratique.
En effet, même si elle est désormais utilisée
surtout à des fins décoratives, cette technique avait à l'origine
pour but de renforcer le tissu sur lequel la broderie était
réalisée et de le rendre plus chaud. Le peuple n'ayant les moyens
et le droit de n'utiliser que de grossières étoffes de coton ou,
selon le climat, de chanvre, il fallait les renforcer pour les
faire durer. Ce sont donc les vêtements de travail qui sont le plus
brodés.
Par cet aspect, le sashiko n'est pas sans évoquer le surpiquage en patchwork, à ceci près que les motifs employés ne sont pas décoratifs, mais symboliques. Certains motifs, notamment ceux qui ornent les cols et les manches des vêtements de travail des pêcheurs, auraient ainsi pour fonction d'écarter le danger.
Les trois principaux courants de sashiko
sont le
koginsashi (こぎん刺し),
le
hishizashi (菱刺) et le
shonaisashiko
(庄内刺し子), auxquels je compte
consacrer mes prochains articles.
En fonction des régions et des activités exercées par les différentes communautés, les motifs employés sont plus couvrants et plus ou moins élaborés. Les différents courants ont pour particularité de ne faire appel qu’à un seul point, le point avant, mais n’est pas pour autant une technique "facile". Bien au contraire, la régularité des points est primordiale et le moindre petit défaut saute immédiatement aux yeux.
Les motifs étaient traditionnellement brodés au fil blanc sur du tissu indigo, mais la technique s’est peu à peu affranchie de ses règles et se décline désormais dans toutes les couleurs de l’arc-en-ciel et sur toutes les matières, comme vous pouvez le voir sur les images qui illustrent cet article.
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